Nouveau • Article •  09.02.2026

Maladies du bois de la vigne : une menace silencieuse qui grignote le vignoble français

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Maladies du bois de la vigne : une menace silencieuse qui grignote le vignoble français

Esca, black dead arm, eutypiose… Les maladies du bois se sont installées dans tous les bassins viticoles français et font désormais partie des premières causes de dépérissement des ceps. Progressives et souvent irréversibles, elles affectent durablement la productivité et la longévité des vignes, obligeant la filière à repenser ses pratiques.

Un ensemble de maladies de dépérissement

Derrière l’expression « maladies du bois » se cache en réalité un ensemble de pathologies cryptogamiques qui attaquent la structure interne du cep. Leur point commun : une colonisation lente du bois, conduisant à un dépérissement progressif.

En France, trois maladies dominent largement le paysage sanitaire : l’esca, le black dead arm, lié aux champignons du genre Botryosphaeria, et l’eutypiose.

Toutes les régions viticoles sont concernées, de Bordeaux à la Champagne, en passant par le Val de Loire, la Bourgogne, les Charentes ou encore le Languedoc. L’enjeu est double : une baisse directe des rendements, avec des ceps improductifs ou des grappes altérées, et un raccourcissement de la durée de vie des parcelles.

On parle ainsi de « maladies de dépérissement » parce qu’elles ne frappent pas toujours brutalement. Elles installent plutôt une érosion silencieuse du potentiel de production, au fil des ceps morts ou affaiblis qui s’accumulent d’année en année.

Esca : la plus médiatisée… et la plus visible

Parmi ces pathologies, l’esca est sans doute la plus emblématique. Très observée dans les parcelles, elle se distingue par des symptômes foliaires caractéristiques qui facilitent son identification.

Les feuilles affectées par l'esca ont une coloration caractéristique. (Photo : Bauer Karl, Wikipedia)

Sur feuilles, elle provoque des taches entre les nervures, jaunes sur cépages blancs et rougeâtres sur cépages noirs. Les marbrures deviennent progressivement nécrosées, avec un liseré clair entourant les zones desséchées.

Les grappes ne sont pas épargnées : baies tachées de brun violacé, grains desséchés, retards de maturité… autant de facteurs qui accentuent l’hétérogénéité de la vendange.

Mais c’est à l’intérieur du tronc que la maladie révèle toute son ampleur. En coupe, la présence d’« amadou », une zone spongieuse et décolorée résultant notamment de la colonisation par Fomitiporia, signe un stade avancé de dégradation. Des nécroses sectorielles ou longitudinales peuvent parfois traverser toute la section du cep. Spectaculaire visuellement, l’esca contribue largement à la prise de conscience collective autour du dépérissement du vignoble.

Eutypiose et black dead arm, des pathologies tout aussi redoutables

Moins connue, l’eutypiose n’en reste pas moins une menace majeure. Causée par Eutypa lata, identifié en France depuis les années 1970, elle colonise la vigne via les plaies de taille avant de progresser lentement dans le bois.

Les symptômes sont souvent trompeurs : nanisme des rameaux, entre-nœuds courts, petites feuilles chlorotiques parfois disposées en rosette. À l’intérieur du cep, on observe des nécroses en forme de coin et un bois dur, cassant, qui se fragmente facilement lors de la taille.

Le dépérissement à Botryosphaeria, souvent appelé black dead arm, complète ce tableau sanitaire. Ses manifestations peuvent rappeler celles de l’esca, notamment le dessèchement des rameaux ou l’apparition de bras morts, mais sans les marbrures foliaires typiques. Les nécroses brunes s’étendent dans le bois et certains bras peuvent sécher brutalement, déséquilibrant la souche.

Moins visibles à court terme, ces maladies n’en participent pas moins à la dégradation structurelle du vignoble.

Un dépérissement désormais installé en France

Les réseaux d’observation confirment que les maladies du bois sont désormais solidement installées. Leur incidence varie toutefois fortement selon les années, en lien avec les conditions climatiques.

En 2024, l’incidence moyenne nationale des symptômes d’esca sur un réseau de 549 parcelles s’établissait autour de 2,75 %, contre 3,39 % en 2023 et 3,12 % en moyenne sur la période 2003-2024. Cette apparente variabilité rappelle que la dynamique du dépérissement n’est pas linéaire.

Les années humides tendent à favoriser l’expression des symptômes, tandis que les millésimes plus secs donnent parfois l’impression d’une accalmie. Une régression visuelle ne signifie cependant pas disparition du pathogène : la vigne peut rester infectée sans exprimer immédiatement la maladie.

Les travaux de recherche mettent également en évidence un large gradient de sensibilité variétale. Selon les contextes, certains cépages présentent moins de 1 % de ceps symptomatiques, quand d’autres dépassent les 10 %. L’Ugni blanc, par exemple, est souvent cité parmi les plus sensibles en Charentes, alors que le Chardonnay ou le Pinot noir apparaissent parfois moins exposés dans leurs bassins traditionnels.

Au niveau régional, les diagnostics convergent : l’impact économique devient significatif, notamment à travers le coût du remplacement des ceps et la perte de potentiel de production.

Prévention et techniques culturales, appuyées par la recherche, pour sauver les ceps

En l’absence de solution curative réellement efficace, la gestion des maladies du bois repose avant tout sur la prévention et l’adaptation des pratiques.

La taille constitue un levier central. De plus en plus de domaines adoptent des conduites limitant les grosses plaies et respectant les flux de sève, comme les tailles inspirées du Guyot Poussard. L’objectif est clair : réduire les portes d’entrée des champignons et préserver la circulation interne du cep.

La prophylaxie complète cette stratégie. Protection des plaies de taille, élimination des bois contaminés, destruction des résidus, regreffage ou surgreffage lorsque cela est possible… autant de gestes qui visent à contenir la progression des pathogènes.

La réponse est aussi collective. Le Plan national dépérissement du vignoble (PNDV) et ses déclinaisons régionales structurent les échanges entre viticulteurs, conseillers et chercheurs. Ateliers techniques, expérimentations et retours de terrain alimentent une dynamique de filière devenue indispensable face à un phénomène multifactoriel.

La recherche, enfin, se mobilise à grande échelle. Plusieurs projets explorent le rôle du climat dans l’expression des symptômes, les déterminants de la longévité des ceps, les moyens de lutte ou encore les technologies d’imagerie permettant un diagnostic non destructif. Autant de pistes pour mieux comprendre… et, à terme, mieux anticiper.

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