Face au changement climatique, à la pression croissante des maladies et à la nécessité de produire plus avec moins d’intrants, l’innovation variétale est plus que jamais au cœur des leviers agricoles. C’est dans ce contexte que les nouvelles techniques génomiques (NGT) s’imposent comme un outil stratégique, en particulier pour accélérer la sélection de variétés adaptées aux défis actuels.
Invité sur BFM, Sylvain Bedel, directeur général de Corteva France, est revenu sur l’intérêt agronomique de ces technologies, encore mal connues du grand public mais déjà largement utilisées en recherche.
Chez Corteva, une variété de maïs, plus courte de 40%, a été mise au point. Au fil des essais, les résultats sont clairs : elle est plus résistante à la verse, moins sensible aux maladies et plus économe en eau. Autant d’atouts dans un contexte de stress hydrique récurrent, de réduction des produits phytosanitaires et de recherche de stabilité des rendements. Ils développent aussi un soja adapté aux spécificités du climat français, pour moins dépendre des importations.
Pour Sylvain Bedel, ces technologies constituent un levier clé pour « créer les semences de demain », capables de conjuguer performance économique et adaptation aux contraintes environnementales
« Les NGT permettent de modifier le matériel génétique des plantes sans ajouter d’ADN externe, pour sélectionner plus rapidement des variétés d’intérêt. Elles reproduisent ce qui se produirait naturellement, mais en plus rapide », résume Sylvain Bedel.
Elles s’appuient sur des mutations ciblées, comparables à celles qui apparaissent spontanément dans la nature sous l’effet de l’environnement ou du rayonnement solaire, mais de façon maîtrisée et orientée.
Au cœur de ces technologies se trouvent les ciseaux moléculaires, issus notamment des travaux à l’origine de la technologie CRISPR-Cas, auxquels Corteva a largement contribué.
Concrètement, le fonctionnement repose sur un principe simple : les cellules végétales produisent des protéines selon des instructions inscrites dans leur ADN. La technologie CRISPR introduit une enzyme capable de couper une séquence précise de l’ADN. Tant que cette séquence est présente, une protéine donnée ne peut pas être produite. Lorsque la mutation intervient sur ce motif ciblé, la cellule peut alors synthétiser de nouvelles protéines présentant un intérêt agronomique.
Ce processus se répète au fil des divisions cellulaires. Le matériel génétique évolue sans aléatoire, puisque la séquence modifiée est connue et choisie en amont. Là où la sélection naturelle peut prendre des décennies, les NGT permettent de gagner un temps considérable. Quand sélectionner une variété classique peut mettre des dizaines d'années, les NGTs pourront permettre d’anticiper des changements ou de s’adapter rapidement à de nouvelles pressions de ravageurs ou de nouvelles contraintes réglementaires. Les solutions seront disponibles plus tôt, sans bouleverser les pratiques culturales ou devoir changer de matériel : tout est dans la semence.
Si les NGT ne sont pas une solution miracle, elles s’inscrivent pleinement dans une stratégie d’innovation au service des transitions agricoles. En permettant d’orienter plus finement et plus rapidement l’amélioration variétale, elles offrent des réponses concrètes face aux défis climatiques, sanitaires et économiques. Un nouvel outil dans la boite des solutions disponibles pour les agriculteurs pour répondre aux défis de demain.