Automne doux, activité biologique soutenue, seuil des 200 °C-jours cumulés atteint en avance dans de nombreuses régions : la campagne 2025-2026 présente un profil climatique particulier. À la sortie de l’hiver, la question des reliquats azotés est plus que jamais stratégique pour ajuster la fertilisation et sécuriser la marge.
Le reliquat sortie hiver (RSH) correspond à la quantité d’azote minéral présente dans le sol, nitrates et ammonium, au moment de l’ouverture du bilan, en général fin février.
Mesuré par analyse de sol sur 60 à 90 cm selon les référentiels régionaux, il constitue une donnée clé du plan prévisionnel de fumure. En zone vulnérable au titre de la Directive Nitrates, une mesure annuelle est obligatoire sur au moins une culture principale, au-delà de 3 ha hors systèmes tout herbe. Le principe est simple : plus le reliquat est élevé, plus la dose prévisionnelle d’azote à apporter peut être ajustée à la baisse.
Classiquement, un hiver froid et pluvieux tend à abaisser les reliquats, alors qu’un hiver doux et relativement sec favorise leur maintien à des niveaux plus élevés.
Les premiers signaux suggèrent des reliquats souvent corrects, voire élevés, mais très hétérogènes selon les types de sols et les cumuls de pluie locaux. Dans plusieurs régions, les premiers retours techniques signalent des niveaux de RSH supérieurs à la moyenne pluriannuelle. Mais ce constat doit être nuancé. Les lames d’eau significatives observées en janvier-février dans certains secteurs ont pu provoquer un lessivage marqué des nitrates, en particulier dans les sols filtrants ou déjà très humides depuis l’automne. Autrement dit, minéralisation et lixiviation ont pu se succéder rapidement.
L’automne 2025, doux et biologiquement actif, a favorisé la minéralisation des résidus organiques et la constitution de stocks d’azote minéral parfois importants. Le début d’année 2026, globalement doux lui aussi, avec un seuil de 200 °C-jours atteint précocement, a accéléré la reprise d’activité des sols et des cultures.
Un automne très minéralisant ne garantit pas un reliquat élevé disponible à la reprise. Une partie de l’azote produit peut avoir migré en profondeur. Le RSH permet justement d’intégrer dans le bilan : l’azote déjà présent dans le sol l’azote absorbé par la culture à la sortie de l’hiver les effets cumulés de la minéralisation les pertes éventuelles par lessivage.
Les Chambres d’agriculture publient chaque année des synthèses régionales utiles pour situer une campagne. Mais sur les parcelles à fort enjeu, blés à haut potentiel, maïs, betteraves, pommes de terre, l’analyse individuelle reste la référence technico-économique.
Alors que le prix des engrais reste encore sensible et la pression environnementale importante, économiser quelques dizaines d’unités lorsque le reliquat est élevé peut représenter un levier de marge significatif.
Le contexte 2026 appelle à un pilotage renforcé et combiné.
Plusieurs points de vigilance peuvent être mis en avant :
L’usage d’outils de pilotage en cours de cycle, capteurs embarqués, modulation intraparcellaire, imagerie, peut également aider à ajuster la dose au plus près des besoins.