Nouveau • Article •  28.02.2026

Blé tendre : des stratégies fongicides 2026 très régionales selon Arvalis

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Blé tendre : des stratégies fongicides 2026 très régionales selon Arvalis

Après une campagne 2025 marquée par une pression fongique globalement modérée, les ingénieurs régionaux d’Arvalis dévoilent leurs programmes types pour 2026. Si la nuisibilité moyenne nationale chute à 12,2 q/ha, les écarts restent spectaculaires selon les bassins de production : autour de 6 q/ha en Lorraine ou en Champagne-Ardenne, contre plus de 20 q/ha en Bretagne et en Midi-Pyrénées.

Un constat s’impose : plus que jamais, la stratégie fongicide doit être adaptée au contexte régional.

2025 : rouille brune en vedette, septoriose en retrait

Les pluies moins fréquentes ont freiné la septoriose dans de nombreuses régions. En revanche, la rouille brune, souvent en fin de cycle, s’est imposée comme la maladie dominante dans plusieurs bassins céréaliers.

Résultat : le traitement pivot à Dernière feuille étalée (DFE) reste la clé de voûte des programmes 2026. Toutes les régions confirment sa priorité absolue, quitte à faire l’impasse sur un T1 lorsque la pression est faible..

Le grand principe 2026 : sanctuariser la DFE

Du Centre-Val de Loire aux Hauts-de-France, en passant par la Normandie ou la Bourgogne-Franche-Comté, le message est clair : mieux vaut un traitement robuste et bien positionné à DFE qu’un fractionnement sous-dosé.

Les programmes recommandés reposent le plus souvent sur des associations de modes d’action :

  • SDHI, triazole ou fenpicoxamide pour le contrôle de la septoriose, 
  • strobilurine en présence de rouille brune, 
  • ajustement des doses selon le niveau de pression attendu. 

Dans les régions à faible nuisibilité, comme la Bourgogne-Franche-Comté ou la Champagne, l’impasse du T1 reste fréquente. À l’inverse, en Occitanie, Sud Aquitaine ou Poitou-Charentes, la surveillance précoce des rouilles peut justifier une intervention dès le stade 2 nœuds sur variétés sensibles.

Variété et résistances : deux piliers de la stratégie

Partout, Arvalis rappelle que la première protection reste le choix variétal. La tolérance des variétés conditionne directement le nombre d’interventions et leur rentabilité.

Autre point de vigilance pour 2026 : l’évolution des résistances des pathogènes. Les analyses réalisées en 2025 sur la septoriose du blé (Zymoseptoria tritici) montrent que la proportion de populations résistantes aux fongicides SDHI varie fortement selon les régions.

Dans certaines zones comme le Poitou-Charentes ou le Nord–Pas-de-Calais, plus de 40 % des populations analysées présentent des niveaux de résistance intermédiaires à élevés. À l’inverse, d’autres régions, comme les Midi-Pyrénées, restent majoritairement composées de populations sensibles.

Ces résultats confirment la nécessité d’adapter les programmes fongicides non seulement au climat et au risque maladie, mais aussi au contexte local de résistance.

Alterner les modes d’action pour préserver l’efficacité

Face à cette évolution, les recommandations restent strictes :

  • alterner et associer les modes d’action dans un programme, 
  • limiter à une seule application par campagne pour les SDHI, QoI ou QiI,
  • éviter l’usage répété d’une même triazole dans le programme. 

Les principaux modes d’action utilisés en protection fongicide du blé reposent sur plusieurs familles chimiques : triazoles (IDM), SDHI, strobilurines (QoI) ou encore certains produits multisites comme le soufre ou les phosphonates.

Mais toutes ne sont pas égales face aux résistances. Celles-ci progressent notamment pour les triazoles et sont désormais largement installées pour les strobilurines. D’où l’importance de combiner les substances actives et de positionner correctement les interventions, en particulier le traitement pivot à DFE.

Parmi les solutions disponibles contre la septoriose, la fenpicoxamide, commercialisée notamment sous la marque Inatreq™ active par Corteva Agriscience, apporte un mode d’action supplémentaire dans les programmes. À ce jour, aucune résistance significative n’a été détectée chez Zymoseptoria tritici, ce qui permet de maintenir un bon niveau d’efficacité quelle que soit la souche.

Des spécificités régionales marquées

Au-delà de ces principes généraux, les recommandations varient sensiblement selon les contextes pédoclimatiques.

Occitanie / Sud Aquitaine : forte vigilance vis-à-vis de la rouille brune, avec association SDHI ou QiI et strobilurine à DFE

Hauts-de-France : développement de la rouille brune favorisé par des cumuls thermiques élevés au printemps

Normandie : la rouille brune peut devenir plus pénalisante que la fusariose en fin de cycle

Rhône-Alpes : ajout d’une strobilurine recommandé dans la moitié sud, avec vigilance à floraison pour limiter le risque de DON

Adapter en cours de campagne

Les programmes proposés constituent des bases de raisonnement. Ils doivent être ajustés en fonction de plusieurs favteurs, dont la tolérance variétale, l'évolution des conditions météorologiques, les observations du Bulletin de Santé du Végétal et les données des outils d’aide à la décision (OAD).

La campagne 2025 l’a encore montré : la hiérarchie des maladies peut évoluer très rapidement. Dans ce contexte, la réussite de la protection fongicide repose moins sur l’intensité des programmes que sur leur adaptation au contexte régional, variétal et climatique.

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